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Publié le 5 Mars 2010

Alors que dans quelques mois, les femmes constitueront plus de la moitié de la force de travail aux Etats-Unis, The Economist revient, dans son premier numéro de l’année 2010, sur la plus importante révolution qu’a connu le marché du travail depuis cinquante ans. Et dresse un bilan contrasté.

Formant la moitié de la force de la population active aux Etats-Unis, les femmes ont su s’imposer dans le monde de l’entreprise en une seule génération, passant d’un statut subalterne, en butte à un sexisme quotidien, à celui de décisionnaire, au sein des plus grandes entreprises mondiales. Signe de cette participation grandissante des femmes à l’économie, le nombre d’entreprises créées par des femmes augmente deux fois plus vite que celles de leurs homologues masculins, et ces entreprises emploient d’ores et déjà davantage de personnel que les 500 plus grandes entreprises des Etats-Unis. Et si des résistances persistent, comme dans les pays méditerranéens (en Italie, le taux d’emploi des femmes reste inférieur de près de vingt points à celui des hommes) ou au Japon, force est de constater que les femmes ont acquis une place indéniable sur le marché du travail, et plus encore, que leurs talents sont reconnus. Il est aujourd’hui impossible de négliger le fait que près de 60% des diplômes universitaires sont détenus par des femmes, en Europe comme aux Etats-Unis.

Cette révolution trouve ses racines dans la tertiarisation de l’économie, contexte dans lequel la force physique (opposable ? à l’entrée des femmes dans la vie active) devient secondaire, au profit de l’intelligence. Ce phénomène va de pair avec le mouvement d’émancipation des femmes, rythmé par des législations progressistes, comme la légalisation de la contraception, donnant aux femmes le choix de la maternité, et de son (ses) moment(s).

The Economist - Couverture du 2 janvier 2010
The Economist - Couverture du 2 janvier 2010

L’évolution ne fut pas que quantitative, mais aussi qualitative : le nombre de diplômées sur le marché du travail a considérablement augmenté. Les talents féminins sont de plus en plus utilisés, et ce pour le plus grand bien des entreprises. Et malgré la crise, les femmes sont toujours plus présentes : aux Etats-Unis, depuis le début de la récession, les trois quarts des licenciés sont des hommes, et le taux de chômage des femmes est de 8,6%, contre 11,2% chez les hommes. En outre, en 2011, le nombre d’étudiantes dépassera le nombre d’étudiants de 2,6 millions. Et la participation des femmes à l’économie est aujourd’hui si ancrée dans les mœurs que personne ne songerait à le contester : selon The Economist, neuf hommes sur dix sont à l’aise avec le fait qu’une femme gagne un salaire plus élevé qu’eux.

Une victoire d’autant plus précieuse quand on songe au chemin parcouru, mais qui n’en reste pas moins en demi-teinte. Car si les femmes sont aujourd’hui valorisées pour leurs talents, il n’en reste pas moins qu’elles ne représentent que 2% de directeurs d’entreprise du classement Fortune 500, et 5% du FTSE 100, et moins de 13% des sièges des conseils d’administration sont occupés par des femmes.

L’entrée des femmes sur le marché du travail n’a pas pour autant entraîné de véritable révolution dans l’organisation du travail. La conciliation entre vie privée et vie professionnelle demeure un enjeu incontournable pour les femmes qui désirent faire carrière : trop souvent, un choix s’impose à elles. Ainsi, en Suisse, près de 40% des femmes qui travaillent n’ont pas d’enfants.

Une étude menée par Marianne Bertrand auprès des diplômées de l’école de Management Booth de Chicago montre que, dix à seize ans après le début de leur carrière, seule la moitié de celles qui avaient choisi d’avoir des enfants travaillaient encore à temps plein, 25% à temps partiel et 25% n’ont pas d’emploi, alors que seules 7% ont véritablement choisi de quitter le marché du travail. A cette problématique est intimement liée celle de la différence de salaires, qui augmente au fur et à mesure de la progression dans la hiérarchie de l’entreprise. Ainsi, une femme sans enfants gagnera presque autant qu’un homme, tandis qu’une femme mariée avec enfant gagnera moins, et qu’une célibataire avec enfants gagnera encore moins.

Illustration: Travail des femmes et impact sur le PIB
Illustration: Travail des femmes et impact sur le PIB

Face à ce bilan mitigé, The Economist dresse un état des lieux des solutions mises en œuvre, tant au niveau des Etats que des entreprises privées, rappelant qu’une meilleure participation des femmes à l’économie permettrait une augmentation substantielle du PIB (voir illustration)[1].

Dans cette optique, certains Etats ont d’ores et déjà mis en place d’ambitieuses politiques de la famille, permettant une meilleure conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée, à l’image de la prise en charge de la petite enfance par des modes de garde adaptés, que l’on trouve dans les Pays scandinaves ou en France. A cet égard, des pays comme l’Allemagne où les Etats-Unis sont en train de repenser le temps scolaire, privilégiant des journées plus longues, pour permettre aux mères de quitter le temps partiel, trop souvent subi.

Un écueil que les Etats seuls ne peuvent éviter,  le soutien du secteur privé est indispensable. Les initiatives de grands groupes, qui permettent à leurs employés une plus grande flexibilité, comme Sun Microsystems, Barclays ou Raytheon sont à suivre, comme des jalons pour une meilleure organisation du travail, plus respectueuses des individus et de leur vie privée, autant que comme une manière d’attirer et de retenir les talents, quelque soit leur genre.

Le bilan, contrasté, de la révolution qu’a constitué l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, dressé par The Economist au sein de ce dossier, montre que la participation des femmes à l’économie est devenue un enjeu majeur, qui doit être pris en compte par des politiques et des mesures adaptées, et ce par l’ensemble des acteurs du monde économique, publics comme privés. Et si les progrès mesurés doivent être vus comme autant de victoire, il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que la contribution des femmes à l’économie soit pleine et entière.

[1] Estimations Goldman Sachs

External link

The Economist

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