Les premières initiatives
Dans une société qui reconnaît difficilement aux femmes le droit au travail, comme la France des années 1920, il existe une certaine pertinence à se regrouper entre professionnelles, moins pour défendre des droits, que pour créer une communauté au sein de laquelle les expériences s’échangent. Les premiers réseaux féminins, à l’image du BPWN (Business Professional Women’s Network), importé des Etats-Unis en France dans les années 1920, tiennent à la fois du réseau professionnel et du cercle de sociabilité mondaine. Si ce club connaît un succès restreint, le Soroptimist Club, équivalent féminin du Lyon’s Club ou du Rotary Club (qui sont à l’époque des clubs strictement masculins), rassemble davantage, avec son double objectif de philanthropie et de réunion des femmes professionnelles, souvent marginalisées dans la pratique de leurs métiers. Médecins, comédiennes, avocates, interprètes, représentantes de commerce, expertes-comptables, les membres du Soroptimist Club sont recrutées parmi les élites locales (ainsi, la première experte-comptable, profession longtemps fermée aux femmes, fut membre du Soroptimist Club). Les antennes du Soroptimist, qui essaime en province, sont des lieux de discussion pour ces femmes, qui y abordent des thèmes comme le travail féminin ou la place des femmes dans l'entreprise et, plus largement, dans la société. La perspective du Soroptimist Club, mais aussi de l’Union féminine des Carrières libérales, créée peu de temps après, est avant tout solidaire : réunissant des femmes qui exercent des professions très diverses, ces clubs se veulent un lieu de rencontre pour des femmes qui font souvent figure d’exception dans leurs sphères professionnelles respectives, et sont par conséquent isolées. Premier réseau professionnel féminin d’importance, le Soroptimist Club existe toujours aujourd’hui.
1947, le renouveau des réseaux professionnels féminins
Avec la fondation, en 1947, de Femmes Chefs d’Entreprise, les réseaux féminins entrent dans une nouvelle ère, et gagnent en influence et en visibilité. Créée par Yvonne Foinant, elle-même chef d’entreprise, l’association se veut une organisation de promotion des femmes dans les affaires, dans l’entreprise et dans l’économie au sens large. La perspective est sociétale, mais se double d’un intérêt économique : pour ses membres, l’appartenance à la FCE est un moyen de consolider leurs carnets d’adresses, notamment au moyen des réceptions et des rencontres organisés avec les acteurs économiques locaux, et notamment les chambres consulaires. Yvonne Foinant ne se contente pas de tisser, avec son association, des liens privilégiés entre les chambres de commerce et d’industrie et les femmes chefs d’entreprise membres de son association, mais elle encourage ses comparses à suivre son exemple et à briguer des mandats patronaux. Ainsi, à la fin des années 1940 chacune des membres du bureau de la FCE qui entourent Yvonne Foinant détient un mandat patronal : Denise Faure est ainsi administratrice du Groupement Patronal Interprofessionnel du Logement, Yvonne Liebert est élue du Syndicat National des Fabricants d’Articles de Classement en papier et carton, Yvonne Voisin appartient à la Représentation Professionnelle de la Confiserie de Détail. Pour ces femmes chefs d’entreprise, qui constituent une minorité, ces mandats sont un moyen d’acquérir visibilité et reconnaissance, alors même que la société française reste frileuse vis-à-vis du travail féminin. Dans cette même optique d’amélioration de la visibilité des femmes entrepreneurs, Femmes Chefs d’Entreprise s’exporte , en Europe dès la fin des années 1940, puis en Amérique du Nord. Ainsi, l'Association s'illustre comme un ardent défenseur de l'Union Européenne, conçue comme un gage de paix et de prospérité économique. Aujourd’hui, l’organisation est présente dans près de 42 pays à travers le monde.
Un besoin de légitimité que l’on retrouve dans les critères d’adhésion à l’association : pour devenir membre, il faut posséder sa propre entreprise, et avoir fait la preuve de ses compétences en tant que chef d’entreprise. Plus que le nombre, c’est bel et bien l’exemplarité des parcours de ces membres que FCE met en avant. En visant l’excellence, ce sont les compétences des femmes chefs d’entreprise qui sont mises en avant, et leur aptitude à faire aussi bien que les hommes. Comme au Soroptimist Club, la revendication de l’égalité passe par une certaine forme d’élitisme. Mais le discours de la FCE n’en reste pas moins teinté d’essentialisme : les membres de la FCE mettent en avant des qualités supposées « féminines » (patience, capacité d’écoute), qui les rendraient aptes à devenir de bonnes dirigeantes d’entreprises.
Le troisième génération des réseaux professionnels féminins
L’évolution de la société, et l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, à partir des années 1960, ainsi que l’ouverture progressive de toutes les formations d’excellence à la mixité concourent à modifier les réseaux féminins tant sur la forme que sur le fond. Ces réseaux de troisième génération se décomposent ainsi en deux principales catégories : d’une part, des réseaux sectoriels, qui rassemblent les femmes au sein d’un métier, d’une branche ou d’un secteur, voire les diplômées d’une grande école (HEC, Dauphine, Polytechnique). C’est le cas d’une association comme les Elles de l’Auto, qui rassemble les femmes travaillant dans le secteur de l’automobile. D’autre part, des associations égalitaristes, dont la création d’inscrit souvent dans le sillage de la réforme pour la parité en politique, votée au début des années 2000, à l’image d’Arborus, qui promeut la parité en entreprise.
A la fois lieu de sociabilité, vecteurs d’opportunités professionnelles et groupes de promotion de la parité hommes/femmes dans la sphère professionnelle, la structuration de réseaux féminins sont le témoignage de la place grandissante des femmes dans l’économie au cours du XXe siècle, mais aussi de la lutte constante pour l’égalité entre hommes et femmes et pour la reconnaissance.
Femmes Chefs d'entreprise
Le site de l'antenne française de Femmes Chefs d'entreprises
Soroptimist Club
Le site du Soroptimist Club




