Publié le 31 Mai 2011

Pyschosociologue spécialiste du genre, Renaud Redien-Collot est également directeur délégué de l'école de commerce parisienne Advancia et président du conseil scientifique du fonds d'investissement Women Equity for Growth. Il regrette qu'on n'enseigne pas plus en France les différences liées au genre.

Lemonde : Vous êtes titulaire d'un doctorat de l'université de Columbia sur le genre. Quel en est le contenu ?

Renaud Redien-Collot : Il s'agit de comprendre quelles sont les différences psychologiques et sociales liées à la capacité de chacun à se représenter et à percevoir le masculin et le féminin. Et cela dans toutes les disciplines ainsi que dans toutes les situations de la vie. Que ce soit dans ses prises de décision ou la confiance qu'on a en soi, nous penser comme un homme ou une femme a un impact important sur notre comportement. Et sur la façon dont on nous perçoit.

Tout notre système éducatif éluderait aujourd'hui la question du "genre" ?

On se dit que le "genre" étant présent partout il n'y a pas besoin de l'enseigner. Certes, la mixité de l'école permet de vivre les différences mais pas pour autant de les comprendre. Aux Etats-Unis ou en Suède, certaines écoles donnent des cours spécifiques aux petites filles de tout milieu social confondu pour les aider à s'affirmer comme leaders.

Les choix de carrière sont souvent caricaturaux des différences liées au sexe...

Les femmes choisissent plus ou moins consciemment des professions dans le cadre desquelles elles peuvent s'occuper des autres, comme la médecine ou la magistrature où elles sont aujourd'hui majoritaires. S'il y a quand même 25 % de femmes dans les écoles d'ingénieurs par exemple, elles savent qu'elles devront briser un "plafond de verre" qui bridera leurs ambitions dans des secteurs "masculins". C'est d'ailleurs frappant de constater qu'au contraire, dans les professions dites "féminines", les garçons bénéficient eux d'un "ascenseur de verre".

On constate donc que derrière l'égalité de façade que nous croyons avoir mise en place, se cachent encore de grandes inégalités...

A la sortie des grandes écoles de commerce, les jeunes filles sont recrutées au même poste et au même statut que les garçons, mais 5 à 10 % moins cher. La différence est la même à la sortie des grandes écoles d'ingénieurs, mais on constate qu'en plus un quart d'entre elles n'obtient pas un statut cadre quand c'est le cas de la quasi-totalité des garçons ! Et tout serait encore pire une fois dans le milieu professionnel. Notamment dans des conseils d'administration qui restent l'apanage des hommes.

Justement, vous avez créé des formations spécifiques en management pour aider les femmes cadres à s'imposer...

En Grande-Bretagne, 10 % de la formation continue s'adresse spécifiquement aux femmes, contre 0,5 % en France. On ne veut pas admettre que, dans des groupes mixtes, les femmes ont souvent du mal à s'imposer ou même à poser des questions. On ne veut pas considérer qu'elles interagissent mieux et trouvent plus facilement les outils hors de la présence d'hommes. Souvent ceux-ci s'imposent parce que les femmes se sous-estiment. En les formant, nous leur apprenons à se valoriser.

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Renaud Redien-Collot - Directeur Délégué d'Advancia et Président du...

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