Cette approche, basée sur les travaux de différents
chercheurs, dont Diane Elson, chercheuse à l'université d'Essex (Royaume-Uni)
ou Sylvia Walby, professeur à l'université de Lancaster, se fonde sur l'idée
que les inégalités entre hommes et femmes en économie sont non seulement
amplifiées par la crise financière, mais en sont la cause. A l'origine
développée par Diane Elson au moment de la crise dans les pays asiatiques à la
fin des années 1990, cette idée a été reprise et actualisée par Sylvia Walby en
2009, dans un rapport remis à l'UNESCO[1].
Dans la perspective développée par Diane Elson, la finance mondiale est
composée de trois niveaux, microéconomique, mésoéconomique et macroéconomique.
Au niveau microéconomique, il existe une division sexuelle des tâches qui
influence les décisions d'épargne et de consommation. On assiste souvent à un schéma
dans lequel l'homme épargne, tandis que la femme consomme, alors même qu'elle a
un pouvoir d'achat plus faible. Mais ce rôle lui permet de contrôler les
comptes, rôle qu'elle assume en France dans 75% des foyers[2].
Au niveau mésoéconomique, les inégalités hommes/femmes se traduisent par un découpage des marchés, les femmes étant
reléguées à des activités moins rémunératrices du fait de leur méconnaissance
de ces marchés. Une méconnaissance qui résulte le plus souvent d'un manque
d'expérience généré par leur exclusion de la sphère économique.
Au niveau macroéconomique, les variables de genre influencent sur la quantité d'épargne disponible, et par conséquent restreignent l'accès au crédit, notamment pour les femmes.Ce cadre théorique permet de comprendre pourquoi les inégalités du niveau macro se propagent à tous les étages inférieurs.
Ce modèle pose une alternative au système actuel, qui ignore le genre. En effet, l'architecture de la finance mondiale repose sur des organisations mondiales qui sont, pour la plupart, très peu féminisées. Cette composition engendre une culture organisationnelle qui se traduit tant dans les principes et les objectifs que dans les moyens utilisés mis en 'uvre par l'organisation. C'est cette culture qui est mise en cause par l'approche genrée de la finance : l'absence de femmes au sein de organes de décision de la finance mondiale a permis le développement d'une idéologie du risque et de la gestion à court-terme, considérés comme les facteurs de la crise actuelle. A titre d'exemple, à la Banque Mondiale, moins de 10% des directeurs exécutifs sont des femmes, tandis qu'au G8 ne siège qu'une seule femme, Angela Merkel.
Et les décisions prises par ces organes de gouvernance, nourries d'une culture très masculine, occulte les enjeux de genre. De cause de la crise, l'inégalité homme/femme devient également une des conséquences. Car le système de gouvernance actuel, qui fait la part belle à la dérégulation et qui ignore les enjeux de genre, influence tous les niveaux de l'économie. Et ses conséquences se font plus lourdes à porter pour les femmes. Par exemple, la privatisation des services publics encouragée par l'OMC, rend plus complexe la tâche des femmes, souvent en charge du care (éducation, soins quotidiens apportés aux membres de la famille), tandis que ses conséquences sont moindres sur les hommes.
L'approche genrée de l'économie permet de comprendre d'une manière globale les répercussions de l'absence de femmes au sein des instances décisionnelles. Cette vision se pose en alternative à un modèle d'architecture financière construite sur l'archétype du « male breadwinner », qui nourrit encore la culture de notre système financier. Or, cet archétype, qui pose l'homme comme le pourvoyeur principal de ressources pour le foyer, installe la femme dans une situation de précarité. Son salaire étant considéré comme un revenu d'appoint, les femmes sont les premières à quitter le marché du travail en cas de turbulences économiques, mais aussi quand survient l'arrivée d'enfant au sein de la famille. Ce modèle rend aussi la femme dépendante de son compagnon pour certaines prestations sociales. Le modèle du « male breadwinner » a vécu, et, à l'heure où l'économie vacille sur ses bases, il convient de le repenser.
L'approche genrée de la finance déplace la perspective du côté des femmes, qui, bien qu'elles participent à l'économie, ne disposent pas du pouvoir décisionnel. Face à la nécessité de modifier en profondeur les bases de la gouvernance financière mondiale, l'approche genrée constitue une alternative, en proposant un modèle plus juste socialement, mais aussi plus efficient, puisqu'il consiste à substituer à la culture en vigueur un mode de pensée, qui privilégie une vision à long terme.
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Gender and the financial crisis
Sylvia Walby, UNESCO Chair in Gender Research Lancaster University, UK, 2009
International Journal of Gender and Entrepreneurship
Cadre d'analyse de l'entrepreneuriat féminin






