Ce problème appelle une solution, mais avant tout, une approche compréhensive est nécessaire, tant la question du genre est ici intimement liée aux difficultés rencontrées par ces femmes entrepreneures. En effet, les stéréotypes de genre, qu'il s'agisse d'hétérostérotypes[1] (façon dont sont perçues par leur environnement les entrepreneures) ou d'autostéréotypes (manière dont les femmes pensent être perçues en fonction de leur genre) conditionnent fortement l'accès des femmes au capital. D'autant plus que le monde du private equity est un monde très masculin, dont les femmes entrepreneures n'appréhendent pas forcément les codes (rejoignant en cela nombre d'entrepreneurs masculins). Dans une étude de 2001[2], Candida Brush s'attachait à dégager les huit « mythes » qui rendaient l'accès des femmes au capital difficile, en étudiant les entrepreneures présentes lors du Springboard de 2000, réunion destinée à la rencontre des entrepreneurs à fort potentiel de croissance et des investisseurs.
Premièrement, les femmes ne voudraient pas diriger des entreprises ayant une forte croissance. Cette idée découle directement du présupposé selon lequel les femmes créeraient des entreprises pour transformer un « hobby » en métier, et donc seraient vouées à des activités peu rémunératrices, dans des secteurs peu porteurs, et par conséquent, destinées à demeurer de petite taille. Le deuxième « mythe » mis à jour par Candida Brush est l'idée selon laquelle les femmes n'auraient pas les diplômes et les compétences requis pour gérer de grandes entreprises. A ce deuxième mythe est directement relié un troisième : les femmes n'auraient pas l'expérience, notamment du management, requises pour diriger de grandes entreprises. Or les femmes entrepreneures sont aujourd'hui plus diplômées que les hommes en France (46% des créatrices d'entreprise sont diplômées, contre 34%), et les études montrent que les femmes savent exercer un management différent, plus collaboratif, et tout aussi efficace. Le quatrième mythe dénoncé par Brush est l'idée selon lesquelles les femmes n'auraient pas les bonnes connections pour construire une entreprise crédible sur le marché des capitaux. Or, selon l'étude de Brush, les femmes qui recherchent des capitaux activement sont capables de nouer un grand nombre relations informelles, et de multiplier les contacts dans l'objectif d'obtenir un financement. Le cinquième mythe repose sur l'idée que les femmes ne sont pas capables de déployer les ressources financières nécessaires à l'établissement d'une entreprise à forte croissance. S'il est vrai que le capital de démarrage des entreprises dirigées par des femmes est souvent inférieur à celui de leurs homologues masculins, les femmes étudiées par Brush témoignèrent d'une grande habileté à déployer des stratégies de financement. Le sixième mythe répandu parmi les investisseurs est l'idée que les femmes ne voudraient pas leur présenter de business-plan, par crainte de perdre le contrôle de leur entreprise. L'évènement étudié par Brush, le Springboard, et l'importance de la participation des femmes entrepreneurs à ce type de rencontre (en 2000, 869 entreprises dirigées par des femmes participèrent à cet évènement, dont 100 dans la Silicon Valley, réputée pour son industrie de pointe et ses entreprises à très forte croissance). Le septième mythe repose sur un certain stéréotype : les entreprises dirigées par des femmes seraient confinées dans des domaines qui n'intéressent pas les investisseurs. Encore une fois, ce cliché découle de l'idée que les femmes se contentent d'entreprises peu rémunératrices et aux perspectives limitées. L'existence d'évènements comme le Springboard, qui réunit des entreprises à fort potentiel, dément purement et simplement cette idée. Enfin, le huitième mythe concerne la présence des femmes dans le secteur même du private equity. Si leur nombre est assez restreint, Brush montre qu'entre 1995 et 2000, aux Etats-Unis, leur présence aux postes de décisions du secteur a été multipliée par deux.
Ces huit stéréotypes sont la contrepartie d'une vision très andro-centrée de l'entrepreneur. Les qualités qui lui sont attribuées (audace, goût du risque, aptitude à conduire une équipe, innovation') sont considérées socialement comme masculines. Pourtant, comme le montre Brush avec l'exemple du Springboard, les femmes sont tout aussi aptes à diriger des entreprises susceptibles d'intéresser le monde du private equity. Le malentendu persistant doit être dissipé : pour cela, il est nécessaire de préparer les femmes entrepreneures au private equity, en multipliant par exemple les occasions de Showcases (ou forums de l'investissement). L'enjeu est celui d'une croissance durable et riche en emploi.
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The Diana Project: Women Business Owners and Capit
Projet pluri-annuel et multi-universités dédié à l'étude des femmes chefs d'entreprise de croissance, Kaufmann Centre for Entrepreneurial leadership, 2001






