Le Projet Diana naît en 1996, à l’initiative de cinq chercheuses américaines, Candida Brush, Patti Greene, Myra Hart, Elizabeth Gatewood et Nancy Carter, qui exercent dans des domaines différents comme la sociologie ou le management, tout en consacrant une partie de leurs recherches à l’entrepreneuriat féminin. Cette inter-disciplinarité sera au cœur de l’approche du projet Diana, qui étudie la question de l’accès des femmes chefs d’entreprise au capital, et notamment au capital-investissement. Il s’agit d’un champ alors inexploré, et le projet Diana va faire figure de projet pionnier dans la mise à jour des freins et des obstacles qui s’opposent au financement correct des entreprises dirigées par des femmes. Avec une dose d’humour et de revendication, le projet est intitulé Diana, en référence à la déesse de la chasse, car, comme l’indiquent les fondatrices du projet, les femmes chefs d’entreprise de croissance partent « à la chasse » au financement.
Des travaux pionniers
Soutenu par le Babson College, où enseignent Candida Brush, titulaire de la chaire d’entrepreneuriat, et Patti Greene, doyenne, et financé par la fondation Kauffmann pour l’entrepreneuriat, le projet Diana fédère des chercheurs afin d’étudier la déconnection entre les opportunités offertes, en termes d’investissement et de rentabilité par les entreprises de croissance dirigées par des femmes, et leur très faible financement par le Private Equity. L’originalité des travaux menés par le projet Diana est de s’intéresser autant à l’offre de capital qu’à la demande, dans le but de comprendre le problème dans son intégralité. Il s’agit donc d’une part d’améliorer la connaissance de l’univers des femmes chefs d’entreprise, des facteurs endogènes qui limitent leur accès au financement, mais aussi de documenter les possibilités de croissance des entreprises de ce segment, ainsi que leurs besoins de financement. D’autre part, le projet Diana, en se penchant sur l’offre de capital, s’est attaché à montrer l’homogamie qui règne dans le milieu du Private Equity, et qui constitue un frein à l’investissement dans les entreprises dirigées par des femmes. Les travaux menés ont un but opérationnel : il s’agit d’éduquer et de sensibiliser les acteurs du capital-investissement à ces biais de genre, qui se révèlent contre-productifs tant socialement qu’économiquement, en contraignant la croissance des entreprises dirigées par des femmes. Le projet Diana s’applique aussi à mettre en avant des solutions, et met notamment l’accent sur l’importance du mentorat. Signe de l’intérêt et de l’appétit qui existe désormais pour ces recherches, le projet Diana s’est vu décerner en 2007 un SFS-Nutek Award, prix qui récompense les recherches de grande qualité dans le domaine de l’entrepreneuriat.
Un réseau qui s’internationalise
Focalisé jusqu’en 2006 sur les Etats-Unis, le projet Diana s’est depuis internationalisé, créant un réseau de 30 chercheurs, issus de 20 pays différents, dans le but d’établir des comparaisons internationales et de vérifier si les hypothèses formulées à partir de la seule situation des Etats-Unis se répètent dans d’autres pays. Il s’agit donc de donner une nouvelle dimension à ce projet pionnier, et c’est le thème qui a été retenu pour la conférence internationale organisée ces 3 et 4 août 2010, et qui se tiendra à Banff, dans la province d’Alberta, au Canada. L’appel à communications, lancé au mois de novembre 2010, invite les chercheurs à reformuler les questionnements qui ont été posés depuis le début de l’investigation des relations entre accès au capital et entrepreneuriat féminin, mais aussi à poser de nouvelles questions, et à proposer de nouvelles méthodologies. Les contributions rassemblées à l’occasion de cette conférence feront l’objet d’un numéro spécial de la revue Entrepreneurship Theory and Practice, dont nous vous rendrons compte prochainement.
Le Diana Project, sur le site du Babson College
Pour plus d'informations concernant ce projet et la conférence internationale des 3 et 4 août 2010




