Il convient de dépasser le différentialisme, qui réifie les identités de genre, afin de comprendre en quoi le poids des stéréotypes sexués influence la démarche de ces entrepreneures, leurs choix, leurs motivations et les difficultés qu'elles rencontrent.
Ainsi, il n'existe pas une réalité unique de l'entrepreneuriat féminin, mais une multiplicité de parcours. Si, aujourd'hui, 28% des entrepreneurs en France sont des entrepreneures, et que la majorité d'entre elles ont investi des domaines d'activité considérés comme traditionnellement féminins, à l'instar des services aux personnes (34% des entreprises dirigées par des femmes en France), du commerce de détail, des soins médicaux et para-médicaux, il n'en reste pas moins que les entrepreneures obéissent à des motivations très diverses. Une étude de l'OCDE, publiée en l'an 2000, caractérise ces motivations en deux catégories, nommées « pull » (pour ce qui concerne la création par opportunité) et « push » (pour ce qui relève de la création par nécessité). Dans le groupe pull, on retrouve des femmes, souvent plus jeunes (moins de 40 ans), qui n'ont pas d'enfants à charge, et qui ont, en créant leur entreprise, obéi à un désir d'accomplissement personnel, à un besoin d'autonomie, ou encore à l'envie de relever un défi. On peut considérer, comme le font Annie Cornet et Christina Constandinidis, chercheuses à l'Université de Liège, que l'existence du « plafond de verre », et la volonté de le contourner peuvent constituer un facteur de la catégorie « pull », car il s'agit de rompre avec les règles et carcans de l'entreprise. En revanche, la catégorie « push » correspond à la création par nécessité, à un choix forcé : le chômage, les raisons familiales (dettes, licenciements, décès d'un membre de la famille, disparition du conjoint), ou encore l'absence prolongée du marché du travail, constituent autant de facteurs de création d'une entreprise. La réalité relève plus souvent d'un subtil équilibre entre pull et push. A titre d'exemple, en 2009, 14% des créatrices n'avaient pas d'activité, et 41% d'entre elles étaient au chômage, depuis plus ou moins longtemps. Mais plus de la majorité d'entre elles déclarent que la création de leur entreprise est le résultat d'une volonté d'autonomisation.
Dans les faits, comme le montre l'analyse des motivations menée par l'OCDE, les stéréotypes de genre continuent de marquer profondément les choix des femmes entrepreneurs, et conditionnent leurs orientations, qu'il s'agisse du secteur d'activité, du temps consacré à l'entreprise ou des opportunités qui s'offrent à elles en tant que chefs d'entreprises. Les rôles sociaux connexes occupés par les femmes (mère, conjointe, ou fille, dans le cas de la reprise d'une entreprise) ont une grande influence. En partant de ce principe, Annie Cornet et Christina Constandinidis ont mis au jour trois profils de femmes entrepreneurs :
- les femmes entrepreneures, célibataires et sans enfants à charge, qui consacrent à leur entreprise un investissement temporel et financier important, et ont une approche de l'entreprise assez similaire à celle des hommes. Elles sont à la fois flexibles et mobiles.
- des femmes en couples, avec ou sans enfants à charge, dont l'activité est considérée, le plus souvent, comme un revenu de complément, ce qui implique une moindre exigence de rentabilité et de performance. Il s'agit le plus souvent de femmes qui ont quitté le marché du travail pendant une longue période, pour élever des enfants. Leur entreprise est parfois considérée comme un hobby devenu profession, et les réorganisations qu'impliquent leur activité sont souvent mal perçues par leur entourage.
- des chefs de famille monoparentales avec enfants. Plus précaires, elles ne peuvent pas prendre de risques importants, leur objectif étant avant tout de garantir un revenu, ce qui fait peser sur le développement de leur entreprise une contrainte forte.
On le voit, à l'inverse des hommes, les femmes entrepreneures ne peuvent jamais ou presque séparer leur activité professionnelle de leurs autres rôles sociaux. Malgré l'évolution de la société, la répartition sexuée des tâches au sein du ménage continue d'influencer fortement les choix de ces femmes. Cette réalité pèse davantage sur l'entrepreneuriat féminin que d'éventuelles caractéristiques féminines. Avoir conscience de la réalité du genre dans le phénomène de l'entrepreneuriat féminin est essentielle. Mieux cerner les problématiques spécifiques à l'entrepreneuriat féminin permet de comprendre comment soutenir ces femmes dans leur activité. Un enjeu d'autant plus important quand on sait que ces entreprises constituent un gisement de croissance et d'emplois.
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Entreprendre au féminin, des réalités multiples
Une étude menée par Annie Cornet et Christina Constandinidis, HEC-ULG, septembre 2007
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Mieux connaître l'entrepreneuriat féminin
Les femmes entrepreneures à la tête de PME : pour une participation dynamique à la mondialisation et à l'économie fondée sur le savoir, OCDE, 2000
International Journal of Gender and Entrepreneurship
Gouvernance au féminin





