Publié le 31 Janvier 2010

Près d'un tiers des entreprises sont dirigées par des femmes à travers le monde, et ce chiffre augmente. Les femmes entrepreneures contribuent largement à la croissance, à l'innovation et à la création d'emploi. Mais, en dépit de leur participation grandissante à l'économie, le phénomène de l'entrepreneuriat féminin reste sous-étudié, particulièrement en regard du nombre important d'études traitant de l'entrepreneuriat en général. Il est donc plus que jamais nécessaire de comprendre ce phénomène en l'envisageant sous le prisme du genre, et pour cela, un cadre d'analyse est nécessaire. C'est ce que s'attachent à proposer Candida Brush, chercheuse au Babson College, Anne de Bruin, chercheuse à l'Université d'Auckland, et Friederike Welter, de la Jönköping International Business School

L'enjeu d'un tel travail est de créer une grille d'analyse de l'entrepreneuriat féminin, afin de comprendre le phénomène, ses tenants et ses aboutissants, pour mieux encourager les femmes à entreprendre, notamment par l'adoption de politiques publiques adaptées. Il convient de faire disparaître un ensemble de biais sexués qui entrave la démarche des entrepreneures. Ce cadre d'analyse se base sur l'approche déjà développée par Bates[1] pour analyser l'environnement des entrepreneurs. On parle de la théorie des 3M : Market, Money, Management. Ces 3M ou building blocks, forment le socle sur lequel repose toute démarche entrepreneuriale selon Bates. En l'absence de l'une de ces ressources, la démarche de l'entrepreneur ne peut aboutir. Partant du principe que toute création d'entreprise ne peut être abstraite d'un contexte social prégnant (on parle de social embeddedness), Brush, De Bruin et Welter se proposent d'ajouter aux building blocks nécessaires à la réussite d'une entreprise, deux dimensions permettant de mieux saisir l'impact qu'à l'environnement social sur l'entrepreneuriat féminin. A ces 3M donc, Brush, De Bruin et Welter proposent d'ajouter deux autres M : Maternité (ou Motherhood), qui désigne le contexte familial des femmes, qui est une variable significative de la démarche entrepreneuriale des femmes, et Meso et Macro, qui désignent l'environnement des femmes, et ce sur deux niveaux de compréhension. Le niveau Meso renvoie à l'environnement immédiat des femmes (les institutions et structures autour d'elles) et le niveau Macro renvoie à un ensemble d'attentes sociales et de normes culturelles qui orientent la démarche entrepreneuriale. A titre d'exemple, la Maternité (dans le sens contexte familial) conditionne l'implication des femmes dans leur entreprise. Annie Cornet et Christine Constandinidis[2], dans une étude précédente, avaient mis au jour trois profils d'entrepreneures, dont les niveaux d'implication et de réussite variaient selon leur situation familiale (mariées ou non, avec des enfants à charge ou pas). De la même façon, l'environnement a son importance, et influence notamment le choix de tel ou tel secteur d'activité. L'économie est genrée, et certains secteurs d'activité apparaissent plus fermés aux femmes que d'autres. Or, le choix du secteur d'activité a, tout comme le degré d'implication de l'entrepreneur, des conséquences sur la croissance de l'entreprise à terme. De la même façon, les institutions, qu'on pourrait penser aveugles, sont sensibles aux normes de genre. Ainsi, l'accès au financement des entreprises dirigées par des femmes se révèle souvent plus difficile, en raison de nombreux stéréotypes de genre, qui affectent le jugement portés sur les femmes entrepreneures.

Les effets concrets décrits ci-dessus sont le résultat de l'interdépendance des 5M (Market, Money, Management, Motherhood, Meso & Macro environnement), qui s'influencent mutuellement. Or, trop souvent, la recherche, y compris celle qui s'intéresse le plus à l'entrepreneuriat féminin, néglige les deux dimensions de l'environnement et du contexte familial, alors même que le contexte familial, ou Motherhood, est, selon Brush , De Bruin et Welter, l'un des plus déterminants dans la démarche entrepreneuriale.

Poussant plus loin leur réflexion grâce à une étude approfondie des publications sur l'entrepreneuriat féminin, les trois chercheuses montrent que, le plus souvent, le genre n'est considéré que comme une variable, alors qu'il devrait être un véritable angle de recherche à part entière. Brush, De Bruin et Welter appellent à un renversement de la perspective de recherche. Au lieu de s'attacher à dégager les caractéristiques des entrepreneures, il serait plus productif de s'intéresser à leur démarche, afin de mettre en lumière l'importance du contexte social


[1] BATES Timothy, Introduction to the special issue on advancing research on minority entrepreneurship, Annals of the American Academy of Political and social science, 2007

[2] CORNET Annie, CONSTANDINIDIS Christine, Entreprendre au Féminin, une réalité multiple, des attentes différenciées, 2007

External link

International Journal of Gender and Entrepreneurship

Cadre d'analyse de l'entrepreneuriat féminin

Agence Pour la Création d'Entreprises

Réalités de l'entrepreneuriat féminin

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