Publié le 8 Novembre 2010

Devenu une institution incontournable en six éditions, le Women’ Forum for Economy and Society, fondé par Aude de Thuin, se tenait à Deauville du 14 au 16 octobre. Le forum, qui avait pour thème le changement, rassemblait près de 1 300 délégués, issus de 80 pays, dont de nombreux chefs d’entreprise et leaders d’opinion, dans un contexte de réinvention de l’économie globale.

Une édition dédiée au changement

Depuis six ans, le Women’s Forum fait figure de grand-messe, au cours de laquelle les grandes questions économiques et sociétales sont abordées en prenant soin de mettre en avant l’angle du genre, et en faisant la part belle aux speakers des deux sexes, rompant ainsi avec les représentations classiques des forums internationaux où se rencontrent les décideurs. Le thème choisi cette année, le changement, s’inscrit dans un contexte global de questionnement des modèles économiques ébranlés par la crise financière de 2008, et fut décliné en cinq grandes questions qui fournirent la trame des interventions de ces trois jours :

  • le changement en politique, et comment penser et agir collectivement dans un univers méfiant ?
  • le changement en économie, et de quoi a-t-on besoin pour une réelle innovation ?
  • le changement dans les questions environnementales, ou comment faire de l’économie verte une économie rentable et une réalité pour tous ?
  • Le changement dans la santé publique, et comment combattre la malnutrition ?
  • Le changement au travers du « Woman factor », ou repousser les frontières, jusqu’où ? 

La question des quotas en toile de fond

Au-delà de ces thématiques, explorées par près de 120 speakers, parmi lesquels de nombreux CEO, l’accent a particulièrement été mis cette année sur la représentation des femmes dans les entreprises, et particulièrement dans les instances dirigeantes, et ce dans un contexte tout à fait actuel, puisque le 27 octobre était examinée par le Sénat français la proposition de loi concernant la représentation équilibrée des femmes au sein des conseils d’administration. Parmi les intervenants comme les participants, le climat général est à l’approbation d’une telle mesure.  Ainsi, Chris Viehbacher, CEO de Sanofi-Aventis, expliquait qu’après avoir vu disparaître du paysage professionnel les femmes qui composaient pourtant la moitié de sa promotion en business school, 27 ans après avoir été diplômées, il jugeait désormais nécessaire de s’engager pour renverser la situation. Christine Lagarde, qui ouvrait le Women’s Forum, faisait également part de sa conviction, soutenant la proposition de loi sur la représentation équilibrée des femmes dans les conseils d’administration. Preuve du consensus qui régnait, Maurice Lévy, président du groupe Publicis, actionnaire majoritaire du Women’s Forum, s’est heurté à l’hostilité du public en se montrant défavorable aux quotas. 

CEO Champions

C’est dans ce climat que se tenait, le 14 octobre et pour la première fois, l’initiative CEO Champions, visant à réunir une vingtaine de CEO internationaux, parmi lesquels Chris Viehbacher, Mercedes Erra, Présidente exécutive d’Euro RSCG, Clara Gaymard, Présidente de GE France et de GE Initiative,  ou Orit Gadiesh, Présidente de Bain & Company,  afin de discuter des moyens à mettre en œuvre pour faciliter l’accès des femmes au top management des entreprises.  Organisée à l’initiative conjointe d’Ernst & Young et du Women’s Forum, cette réunion a donné lieu à la présentation des résultats d’une enquête menée par Catalyst, Engaging Men in Gender Initiatives, publiée au début de l’année 2010 par l’institut, et  menée auprès d’hommes dans le contexte de l’entreprise. Cette étude tend à montrer l’importance de l’expérience individuelle, et le poids d’un système de valeurs morales, dans l’engagement actif de certains hommes en faveur d’une politique de réduction des biais genrés dans l’entreprise. Au cours d’entretiens individuels réalisés pour les besoins de l’enquête, plusieurs facteurs évoqués par certains interviewés ont été mis au jour comme déterminants de l’engagement des hommes contre les stéréotypes de genre. Ces facteurs relevaient soit de l’expérience personnelle, soit des valeurs morales de l’individu. Ainsi, un homme ayant eu un mentor de sexe féminin sera plus enclin à être un « champion de l’égalité ». D’autres caractéristiques, comme la méfiance envers les normes masculines, telle que la virilité, ou la performance à tout prix, ou un sens aigu de la justice, traits de caractère personnels s’il en est, sont également à l’origine d’une meilleure prise de conscience de l’existence de biais genrés. Lors des interviews menées par Catalyst, l’expression d’un, voire de plusieurs de ces caractéristiques individuelles était fortement corrélée à la conscience des inégalités de genre chez les hommes, et à leur engagement pour l’égalité. Avec cette enquête, Catalyst souligne l’importance de l’éducation et de la culture, dans le succès ou l’échec d’une politique égalitaire au sein de l’entreprise.  Ces résultats invitent à repenser le fond des politiques égalitaires dans l’entreprise, en prenant mieux en compte les résistances culturelles à l’oeuvre, mais aussi leur implémentation, en s’appuyant notamment sur ces hommes « champions de l’égalité », aptes à évangéliser leurs contemporains dans l’organisation.

Des mesures pour faciliter l’accès des femmes aux postes de direction

Interrogé à l’issue de cette réunion, James Turley, PDG d’Ernst & Young, déclarait que le statu quo actuel était inacceptable, et qu’il fallait faire progresser davantage de femmes vers des positions de top management, objectif non encore réalisé. Dominique Reiniche, Présidente pour l’Europe de Coca Cola, le rejoignait, soulignant le fait qu’il fallait promouvoir des femmes non pas dans des fonctions marketing ou RH, mais à des postes de general management, seul moyen d’en finir avec le statu quo.  La réunion des CEO Champions  a été marquée par l’adoption de six mesures à mettre en place afin de faciliter l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités dans l’entreprise, et notamment la création d’un réseau de dirigeants engagés sur ces questions, et l’établissement d’un catalogue des meilleures pratiques.

Toutefois, si l’édition 2010 du Women’s Forum a mis l’accent sur la place des femmes dans l’entreprise, la journaliste Anne-Marie Rocco soulignait sur son blog, combien l’entrepreneuriat demeurait une alternative face à la difficulté des carrières en entreprise. Par ailleurs, dans son discours inaugural, Christine Lagarde avait pris soin de mettre en avant les bons résultats des entreprises dirigées par des femmes. Le changement prôné par l’édition 2010 du Women’s Forum devrait aussi être celui d’un changement de paradigme vis-à-vis de ces femmes chefs d’entreprise, qui manquent encore trop de la visibilité qu’offre un évènement de cette envergure. 

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Engaging Men in Gender Initiatives

Retrouvez le texte intégrale de l'étude menée par Catalyst, présentée lors du Women's Forum

External link

Women's Forum

Catalyst

Le site de l'institut Catalyst

Euro RSCG

GE France

Bain & Company

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