Cette problématique, peu de secteurs la connaissent avec autant d’acuité que le secteur automobile. Alors qu’un automobiliste sur deux est une femme, que 40% des utilisateurs principaux d’un véhicule sont de sexe féminin et que 33% des responsables de l’entretien d’une voiture sont des femmes, l’industrie de l’automobile reste un bastion extrêmement masculin (à 75%, et cette proportion monte à 80% dans l’encadrement[1], où les rares femmes occupent le plus souvent des postes en ressources humaines et marketing). Une masculinisation qui pose problème lorsqu’il s’agit d’adapter produits et discours à une clientèle de plus en plus féminine, dont les attentes en termes de design, de performances et de sécurité diffèrent largement de celles des hommes.
Le secteur automobile est perçu, au-delà même de la composition de ses effectifs, comme extrêmement masculin. A cet égard, il rebute souvent les femmes, et pendant longtemps, les entreprises étaient réticentes à l’idée d’embaucher des femmes, particulièrement à des postes plus techniques (conception, ingénierie), conséquence de solides stéréotypes de genre qui font de la voiture l’objet masculin par excellence. Aujourd’hui, cette perspective change, parce que les femmes sont de plus en plus consommatrices d’automobiles, qu’elles sont à l’origine de la décision d’achat dans 50% des cas quand il s’agit de la voiture du ménage, et 80% des cas quand il s’agit de leur propre véhicule. C’est dans ce contexte que s’est créée, en décembre 2007, l’association les Elles de l’Auto, à l’initiative d’un groupe de femmes cadres du secteur de l’automobile (constructeurs, équipementiers, réseaux de distribution, de réparation…), soutenues par des constructeurs automobiles comme Renault, qui voit la féminisation de ses effectifs d’un œil favorable.
Présidée par Elisabeth Young,
Présidente d’Asie Auto, l’association se veut un réseau de professionnels,
ouverte aux hommes comme aux femmes, dont l’objectif est à la fois de créer une
solidarité entre femmes dans un milieu très masculin, mais aussi d’attirer les
femmes vers ces métiers de l’automobile qu’elles ignorent souvent.
Il s’agit là
d’un travail de fond, qui passe notamment par l’éducation. Pour cela,
l’association s’attache à promouvoir des figures féminines du secteur, en
remettant le trophée de la Femme de l’Auto de l’année (en 2008, Isabelle
Marey-Semper, ancienne directrice financière du groupe PSA), en participant à
des forums d’orientation, ou en intervenant en milieu scolaire. Ce travail
d’éducation est indispensable dans un milieu fortement genré, où la présence
des femmes est encore perçue comme une exception.
Dans cette action, la
communication joue également un rôle essentiel, et c’est dans cette optique que
les Elles de l’auto récompensent la meilleure communication, c’est-à-dire celle
qui met le plus en avant la mixité.
Le travail des Elles de l’Auto se complète enfin d’un axe de réflexion, avec notamment la publication annuelle d’un baromètre de l’emploi féminin dans le secteur automobile, en partenariat avec TNS Sofrès, dont les résultats sont présentés lors des rencontres annuelles de l’association, qui ont lieu en Mai. L’association a également constitué cinq commissions de travail chargées de plancher sur différentes problématiques liées à l’emploi des femmes dans le secteur automobile.
L’action des Elles de l’auto s’inscrit dans le droit fil de cette simple constatation : la mixité en entreprise n’est pas qu’une question de justice sociale, c’est aussi un facteur d’efficience économique. Ainsi, l’extrême masculinisation du secteur automobile, conséquence d’une conception datée des genres, aboutit aujourd’hui à couper le secteur des attentes d’une partie grandissante de sa clientèle. Aujourd’hui, il convient d’éduquer et de promouvoir ce secteur, afin de changer la donne, ce que s’emploient à faire les Elles de l'Auto. Pour que la présence des femmes dans l’automobile ne soit plus une exception.




