Menée auprès de 27 femmes entrepreneures, dont le chiffre d'affaire annuel dépasse le demi-million de dollars, aux ÿtats-Unis, en Irlande et en Finlande, une étude[1] montre que ces femmes, qui dirigent des entreprises très compétitives, dans de multiples domaines, font preuve, dans leur démarche entrepreneuriales, de qualités similaires à celles attribuées aux entrepreneurs masculins. Mais surtout, cette étude dément l'incompatibilité supposée entre le comportement managérial de ces femmes, plus collaboratif et intégrant des valeurs fortes, et les notions de réussite et de croissance importante d'une entreprise.
Mary Riebe, dans ses travaux, identifie cinq traits de caractère majeurs, considérés comme caractéristiques des entrepreneurs « au masculin » : la passion du travail, la détermination, la confiance en soi (et en son entreprise), la discipline, la capacité à identifier les opportunités. Ainsi, (alors même que persiste l'idée de l'aversion au risque des femmes) toutes les entrepreneures interrogées mettent en avant, avec une certaine fierté, la prise de risque que constitue le lancement d'une entreprise. Pour beaucoup, la prise de risque est le corollaire du sentiment de contrôle sur sa destinée. La plupart de ces femmes qui dirigent des entreprises en croissance reconnaissent le côté exaltant de l'aventure entrepreneuriale, qui est aussi une recherche constante d'opportunités et de succès. Encore une fois, l'idée reçue selon laquelle les femmes entrepreneures ne souhaiteraient pas voir leurs entreprises grossir tombe ; toutes ces femmes cherchent à voir leur démarche entrepreneuriale réussir, ce qui passe par la croissance de leur entreprise. Et, elles sont prêtes à s'investir totalement, puisque la plupart d'entre elles déclarent que leur travail constitue le centre de leur vie, et leur permet de s'épanouir. Cette détermination, ce volontarisme, et une forme de confiance en soi, qui permet de ne pas douter et de prendre des risques parfois importants, sont très probablement à l'origine du succès de ces entreprises. Ils ne sont certainement pas partagés par tous les entrepreneurs, hommes ou femmes, mais ils semblent faire partie des conditions requises à la réussite d'une entreprise.
L'étude de Mary Riebe met en lumière une autre réalité de l'entrepreneuriat féminin. Parmi les femmes interrogées, nombreuses sont celles qui, avaient le souhait, dès le début, de conduire différemment la marche de leurs entreprises, de mettre en place un management différent, plus compréhensif, plus collaboratif et plus réflexif que les méthodes employées traditionnellement dans l'entreprise. Ces femmes se décrivent elles-mêmes comme plus engagées, plus à l'écoute des besoins de leurs employés que les hommes. On pourrait rapprocher ce type de comportement de ceux couramment attribués aux femmes, considérés comme relevant de leur « nature ». Mais les femmes entrepreneures interrogées n'y voient pas une inclinaison naturelle, mais un choix parfaitement délibéré de rompre avec les pratiques classiques de management. En effet, le management traditionnel est marqué par une certaine « hégémonie de la masculinité »[2], et, en mettant en place des stratégies particulières de management, les femmes ne cherchent pas seulement à se différencier, à dépasser les contraintes du comportement en entreprise, mais surtout à éprouver des stratégies plus efficientes pour l'entreprise. Et les entrepreneures interrogées par Mary Riebe, considèrent que cette bonne gouvernance est à l'origine de leur succès en tant que chefs d'entreprises. Nombre d'entre elles insistent sur l'importance de la communication au sein de l'entreprise, et sur l'existence de valeurs fortes, comme facteurs d'efficacité dans le travail.
Les travaux de Mary Riede mettent en lumière de nombreux stéréotypes présents dans la démarche entrepreneuriale des femmes. Riede opte pour le contre-pied, en choisissant un échantillon de femmes ayant brillamment réussi dans leur aventure entrepreneuriale. En cela, elle s'inscrit en faux contre cette vision de l'entrepreneuriat qui voudrait que seuls les hommes aient les qualités nécessaires à la réussite d'une entreprise. Dépassant la posture essentialiste qui voudrait qu'il y ait un style « féminin » de management, Riede montre au contraire que ces femmes ont conscience d'avoir choisi une voie différente, qui s'éloigne de la masculinité exacerbée du management traditionnel. Un choix qui est une des clés de la réussite de ces femmes, et qui n'apparaît pas incompatible avec le succès et la croissance d'une entreprise. Ce type de management devrait devenir un exemple, pour sa capacité à humaniser des hiérarchies de plus en plus critiquées pour leur absence de valeurs.
.DOC (64512 o)
Growth-Oriented Women Entrepreneurs: Making It The
Les résultats d'une étude conduite sur 27 femmes chefs d'entreprise de croissance en Europe et aux USA par Mary Riebe du Women's Entrepreneur Center College of Management, Metropolitan State University
Agence Pour la Création d'Entreprises
Réalités de l'entrepreneuriat féminin






