Si la période comprise entre 1918 et 1960 est marquée par le conservatisme et l’exaltation du rôle de la femme au foyer, la Seconde Guerre mondiale, qui éclate en 1939, fait figure d’entracte. Au discours régressif prôné par l’Etat français s’opposent les réalités économiques d’un pays en guerre.
La Révolution nationale, credo de Vichy, définit le rôle des femmes en fonction de leur place dans la famille. La femme apparaît donc avant tout comme une mère, et c’est ainsi qu’elle est célébrée, notamment par l’instauration de la Fête des Mères, évènement privé créé en 1926 et qui prend là une envergure nationale. Le régime de Vichy prétend, en se concentrant sur la famille, mettre fin à la « décadence » des années 30, dont le Front Populaire aurait été l’acmé. Au-delà du symbole, pourtant, Vichy ne fait que creuser le sillon déjà bien vivace avant la guerre du retour des femmes au foyer, thématique qui perdurera après la Libération. Mais le régime est surtout contraint aux aménagements que lui impose la guerre. Ainsi, la loi de 1938, qui accordait aux femmes mariées davantage de droits à agir par elles-mêmes, a été conservée par nécessité : de nombreux hommes étant retenus par la captivité ou le service travail obligatoire, la capacité civile des femmes devait être maintenue.
Dans l’idéologie développée par le régime de Vichy, qui se veut une rupture avec un prétendu laxisme d’avant-guerre, la place des femmes est au sein du foyer. En 1940, le gouvernement commence par prendre des mesures très restrictives à l’encontre de l’embauche et du maintien des femmes mariées dans l’administration et les services publics. Dans le même temps, les chefs d’entreprise ont trois mois à partir de la promulgation de la loi, pour mettre en place des quotas restrictifs de femmes dans les entreprises. Une incitation financière au mariage est créée pour les femmes de plus de 28 ans, tandis que les femmes de plus de 50 ans sont mises d’office à la retraite, et que les mères de trois enfants ou plus sont contraintes au congé sans solde.
Pourtant, la Seconde Guerre mondiale est bel et bien un moment émancipatoire pour les femmes. Dans les faits, comme en 1914, la main d’œuvre féminine est indispensable, et toute tentative de bouleversements des mœurs se heurte à cette simple réalité. Les entreprises privées, ainsi, n’appliqueront pas les quotas, et, en septembre 1942, cette loi est suspendue, alors que depuis plusieurs mois déjà, l’Etat lui-même avait du reprendre le recrutement de personnel féminin aux PTT, à la SNCF et dans l’enseignement. Néanmoins, contrairement à la Première Guerre mondiale, il est difficile d’obtenir de véritables données concernant le travail des femmes ; cependant, les nécessités du quotidien, la subsistance à assurer coûte que coûte permet d’imaginer que la proportion de femmes travaillant dans ces années noires fut supérieure à celle de l’avant-guerre, mais aussi de l’après-guerre. Mais ce travail reste difficilement quantifiable, car il s’effectue souvent de manière souterraine, clandestine.
Les nécessités de la subsistance, l’absence de nombre de maris, sont autant de facteurs qui vont pousser les femmes à prendre un emploi pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’encontre de l’idéologie du régime. Dans cette période, c’est moins le travail que l’engagement, au sein des mouvements de Résistance, qui est un véritable moyen de s’affranchir de toutes les tutelles. Mais comme dans le monde de l’entreprise, cet engagement est minoré, sous-utilisé (les femmes sont souvent porteuses de messages ou d’armes, autant de rôles indispensables, mais subalternes dans la hiérarchie de l’héroïsme). Les quelques femmes qui participeront à la libération du territoire français, à partir de 1944, au sein de l’AFAT (Arme Féminine de l’Armée de Terre), ou au sein des mouvements de résistance (elles forment 10 à 20% des effectifs selon les estimations), seront rapidement oubliées une fois le conflit terminé. Au lendemain de la guerre, pourtant, cet engagement est reconnu par le nouveau régime, qui entend « établir l’égalité politique, économique et sociale ». Et l’adoption du droit de vote des femmes, en 1944, par l’Assemblée consultative d’Alger, semble être la promesse d’un futur égalitaire.
La politique en direction des femmes menée par le régime de Vichy se révèle moins misogyne que familialiste. Elle n’est en réalité que la mise en actes d’une pensée qui traversait déjà les périodes précédentes, et qui faisait l’objet d’un certain consensus social. Les hommes qui refondent la république, au sortir des combats, cèderont, à travers l’octroi du droit de vote, une part minime de reconnaissance aux femmes, et l’égalité économique et sociale demeure à réaliser.
Une date clé
1940 : Restriction imposées au travail féminin
Le régime de Vichy promulgue une loi visant à réduire au maximum le travail féminin : licenciements des fonctionnaires, quotas dans les entreprises privées, mises à la retraite, tous les moyens sont utilisés. La mesure fait pourtant long feu. Les entreprises privées, dans un premier temps, s’élèvent contre cette mesure qui les prive de main d’œuvre. L’Etat doit s’expliquer sur ses intentions. Surtout, les obligations économiques d’un pays en conflit viendront, en 1942, achever d’enterrer ces mesures controversées.




