Journée de la femme 2010

Des oeuvres laïques à l'action sociale en faveur de la petite enfance, le parcours de Jeanne Koehler, membre élu de l’Office départemental des pupilles de la nation, vice-présidente de la section cantonale du 7e arrondissement des pupilles de la vallée du Rhône, présidente du Comité de patronage des mères et des nourrissons, vice-présidente de l’Œuvre pour les petits de la maternelle, etc.

Jeanne Koehler Lumière naît en 1870 dans une famille d’industriels. Son père possède dans un premier temps un magasin de photographies, avant de créer une usine de plaques photographiques, grâce au procédé technique mis au point par son fils, Louis Lumière. De l’âge de quinze à vingt ans, comme l’ensemble de la famille, Jeanne est mise à contribution et travaille à l’usine, où elle partage le quotidien des ouvrières. Quand, avec l’invention du cinéma, la famille devient prospère, Jeanne quitte l’atelier, et épouse René Koehler, médecin qui devient administrateur de l’entreprise. Alors que traditionnellement, les femmes d’industriels se consacrent à la philanthropie, Jeanne, élevée dans un milieu laïque et républicain, peine à s’intégrer dans une communauté de « dames patronnesses »

Parallèlement, l’entreprise Lumière, dans la tradition du capitalisme social de la fin du XIXème , développe plusieurs structures d’assistance : caisses de retraite, prise en charge des employées enceintes, services médicaux… L’époque est également à l’affrontement entre tenants de l’école laïque et ceux de l’école religieuse. Conformément aux idées de sa famille, Jeanne Koehler-Lumière s’engage pour la défense de l’école laïque, et crée un comité de soutien, qu’elle préside, rassemblant les femmes de la bourgeoisie lyonnaise. Elle s’intéresse parallèlement aux politiques de la petite enfance, et ses préoccupations croisant celles de la municipalité lyonnaise, elle prend en charge la supervision de l’implantation de crèches et d’écoles maternelles dans l’agglomération.

Pendant la Première Guerre mondiale, Jeanne Koehler Lumière se met au service de la Croix Rouge, via l’Union des Femmes Françaises (dont elle est membre du Conseil d’Administration). Au lendemain de la guerre, son réseau relationnel s’est considérablement étendu. Ainsi elle est élue, dès sa fondation, au conseil d’administration de l’Office départemental des pupilles de la Nation. Dans les années 1920, son action est reconnue par une pluie de décorations officielles (médaille de la reconnaissance française, palmes d’officier académique, et enfin la croix de la légion d’honneur). Reconnue pour ses actions, elle est choisie par Edouard Herriot, qui souhaite mettre en place une politique sociale sans pourtant recourir aux Dames patronnesses traditionnelles, trop religieuses à son goût, pour superviser la création de structures d’accueil dédiées à la petite enfance.

Jeanne Koehler Lumière devient vice-présidente de la commission de contrôle de la nourricerie de Vinatier, une pouponnière de la région lyonnaise, et poursuit son ascension dans les  instances sociales locales, présidant divers comités, animant des conférences sur l’hygiène, et devient « ambassadrice » de l’Etat dans la lutte contre la mortalité infantile. Quand elle meurt, en 1926, à l’âge de 56 ans, juste après avoir été décorée des insignes de chevalier de la Légion d’honneur, Jeanne Koehler Lumière fait l’objet d’un hommage unanime à Lyon. Sa trajectoire « professionnelle » dans les œuvres sociales a permis de professionnaliser ces compétences, de faire appel à une expérience fondée plus qu’aux bonnes volontés des dames patronnesses.

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Suzanne Gallois

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