La période qui suit la première guerre mondiale s’ouvre dans un climat défavorable au travail des femmes : tout d’abord motivé par des raisons religieuses et une volonté de retour aux fondamentaux sociaux bouleversés par la Grande Guerre, la crise de 1929 va exacerber l’opposition au travail féminin qui se développe alors aussi dans le milieu syndical. Dans les années 1930, le travail féminin est stigmatisé, et il devient la cible d’un encadrement législatif visant à le circonscrire.
La grande guerre aura néanmoins constitué une rupture majeure durant laquelle de nombreuses femmes ont pris les rennes d’entreprises familiales, que certaines conserveront par la suite. C’est ainsi qu’entre 1920 et 1960, 650 femmes auront été à la tête d'entreprises de plus de cent salariés dans la région Rhône-Alpes.
Plusieurs mouvements de femmes professionnelles se créent également entre les deux guerres tels que le Soroptimist Club qui promeut une élite féminine dans le commerce et l’industrie pour « affirmer et défendre l’idéal de la vie professionnelle féminine, pour développer la solidarité entre les femmes qui travaillent, pour susciter un mouvement moral et matériel d’entraide », ou encore l’UFCLC (Union féminine des carrières libérales et commerciales).
La Seconde Guerre mondiale marque à la fois une rupture et une continuité : Une continuité dans le sens où le discours d’opposition au travail des femmes se radicalise, exaltant les valeurs familiales, et une rupture dans le sens où le travail des femmes est absolument nécessaire au bon fonctionnement de l’économie : A l’image de Suzanne Gallois, syndicaliste et résistante à qui nous consacrons un portrait, de nombreuses femmes s’illustrent dans la résistance, contribuant à légitimer leur combat pour l’égalité des droits, qui trouvera sa contrepartie à la libération dans l’obtention du droit de vote.
C’est en 1947, qu’est créée, par Yvonne Foinant – à laquelle nous consacrons un portrait –, l’association Femmes Chefs d’Entreprises, dont le but est de promouvoir les femmes dans les affaires, les aider dans les démarches entrepreneuriales, faciliter le développement de leurs réseaux ; l’association incite aussi ses membres à la prise de responsabilité dans les organisations professionnelles, lieu d’influence et de visibilité.
Malgré le contexte peu favorable, le nombre de femmes actives augmentera fortement pendant la période, principalement du fait de la tertiarisation de l’économie.
Cette tertiarisation ne sera pourtant pas accompagnée par le développement des formations accessibles aux femmes. De 1924 à 1947,la proportion de filles au sein des ESC de province qui leur sont ouvertes, demeure stable (environ 20%). Si elles font l’objet d’une très forte sélection et constituent fréquemment l’excellence de ces formations mixtes, elles n’accèdent en revanche pas aux postes de leurs homologues masculins. A contenus de formation égaux, les spectres métiers ne se recoupent pas entre hommes et femmes: aux quelques métiers considérés comme adéquats par les guides d'orientation scolaire féminins, s'opposent les emplois masculins balayant largement l'ensemble des métiers du commerce et de l'industrie, la direction d'entreprise, etc.
Le journalisme devient le domaine de prédilection de beaucoup de femmes éduquées qui y trouvent des perspectives plus valorisantes, et le secteur voit émerger ainsi plusieurs entrepreneures patronnes de presse.
Outre le portrait d’Yvonne Foinant, nous consacrons ainsi des portraits à trois patronnes de presse qui ont fortement marqué leur temps :
Louise Weiss, journaliste et fondateur de l’Europe Nouvelle en 1921, puis de la Nouvelle Ecole de la Paix en 1930, qui a contribué par la diffusion de son action à l’établissement de concepts clés de la construction européenne,
Ella Sauvageot, journaliste et rédactrice en chef de Temps Présent dans les années 1930, qui sera la co-fondatrice de La Vie Catholique Illustrée en 1945, puis de Télérama en 1949, hebdomadaire culturel qui demeure aujourd’hui encore une référence,
Françoise Giroud, femme de presse parmi les plus influentes de l’après-guerre, collabore à l'aventure de Elle dès sa création, et présidera aux destinées de l'Express, pendant vingt ans




