La période qui s’ouvre au lendemain de la Première Guerre mondiale est marquée par une violente offensive contre le travail féminin, tout d’abord liée à la volonté de renouer les fils d’une société mise à mal par quatre années de guerre. Un « retour aux fondamentaux » auquel vont très rapidement s’ajouter les difficultés engendrées par la crise de 1929.
Malgré la prégnance de ces idées dans la société, les effectifs féminins ne vont pas réellement diminuer au cours de cette période. Le nombre de femmes actives oscille entre 6 et 7 millions sur la première période du siècle. Plus que le travail féminin en tant que tel, c’est l’image de la salariée qui est victime d’atteintes de toutes parts. L’entre-deux-guerres voit la mise en place d’une offensive familiariste, portée par le gouvernement, soutenue autant par les cercles catholiques que syndicalistes.
Dénatalité, mortalité infantile, désagrégation des foyers et dégénérescence des mœurs, tels sont les maux imputés au travail féminin. Des discours qui se heurtent à une réalité économique bien réelle : moins rémunérées que les hommes, les femmes constituent une main d’œuvre bon marché et plus aisément corvéable, car peu syndiquée. C’est une guerre de symboles qui se livre contre le travail féminin : ainsi 1934 est déclarée « Année ménagère ». Le travail, à l’usine ou au bureau, est dénigré, tandis que les fonctions des femmes au sein du foyer font l’objet d’une exaltation, renforcée par la progression, dans toutes les catégories sociale, du modèle de la « famille solidaire », regroupée autour du foyer dont la femme est le pilier. Dans ces conditions, le travail des femmes est plus que jamais conçu au travers du prisme de la famille : la femme ne travaille que si le travail du mari ne suffit à subvenir aux besoins de la famille.
Cette pression sur le travail féminin va s’accentuer avec la crise de 1929. Alors que, mécaniquement, le chômage des hommes est plus élevé, du fait du déséquilibre antérieur sur le marché du travail, les femmes sont désignées comme des cibles faciles. On leur impute le chômage des hommes, sans comprendre qu’elles sont les premières victimes de la crise. A partir de 1931, en France, paraissent les premiers articles de presse liant la crise au travail des femmes. Leurs auteurs s’appuient dans un premier temps sur une rhétorique catholique, encouragés par la parution de l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, texte fondant la doctrine sociale de l’Eglise de Rome. En 1933, des conférences se tiennent à Paris, afin d’appeler les femmes à retourner au foyer. Tandis qu’à l’étranger, des quotas sont instaurés, visant à limiter l’embauche des femmes (en Irlande, au Portugal, en Italie, en Allemagne), la France licencie en 1935 toutes les femmes mariées à un agent de l’administration et exerçant elles-mêmes dans les services publics de l’Etat. De la même manière, les concours administratifs sont fermés aux femmes, et les allocations familiales, étendues à l’ensemble de la population active, sont doublées pour les femmes au foyer. En 1936 les accords de Matignon établissent légalement l’inégalité de salaire, en dressant des doubles grilles salariales.
Pourtant, malgré les actes et les paroles hostiles au travail des femmes, rien ne stoppe véritablement le mouvement de fond à l’œuvre dans la société française, qui va conduire à une tardive reconnaissance, fruit de deux évolutions conjointes. Tout d’abord, les femmes investissent massivement le secteur tertiaire ; en 1926, 33% des employés de l’industrie, 40% des employés du commerce et 40% des agents de la fonction publique sont des femmes. Le développement de secteurs comme la banque et les assurances participent à cette féminisation : dans ces branches, la proportion de femmes dépasse souvent 50%. Les emplois du tertiaire (dactylographes, sténotypes, mécanographes) sont peu qualifiés mais plus valorisés que ceux de l’industrie. Cependant, les métiers les plus valorisés, comme institutrice ou sage-femme, qui confèrent un véritable statut social aux femmes, restent intimement liés aux rôles assignés traditionnellement aux femmes. Si le niveau des emplois occupés par les femmes reste très faible, en revanche, leurs qualifications tendent à s’améliorer. Des initiatives isolées de la Première Guerre mondiale, on passe à une généralisation de la formation.
Malgré tous les obstacles dressés devant le travail des femmes, celui-ci est considéré, par la plupart d’entre elles, comme un facteur d’émancipation, une forme de satisfaction qui va au-delà de la gratification salariale, une légitimation sociale, là où les commentateurs contemporains ne voient que nécessité. Dans cette société résolument hostile au travail des femmes, peu de possibilités de carrières s’offrent à elles. Il faut attendre le bouleversement des mœurs, dans les années 1960, pour que l’ambition féminine soit progressivement libérée du corset que lui impose la société.
Deux dates clés
1924 : Uniformisation de l’enseignement secondaire
Alors que la proportion de filles dans l’enseignement secondaire (post certificat d’études), progresse en France régulièrement entre 1911 et 1945, jusqu’à atteindre un quart des objectifs, le décret de 1924 libéralise un peu plus l’enseignement. Jusque là, l’enseignement donné aux filles est principalement le fait d’écoles privées. Avec l’uniformisation de l'enseignement secondaire, c’est un mouvement de laïcisation et de recul du sexisme qui est en marche. Cependant, si les programmes sont identiques, l’ensemble du système continue d’encourager les filles à se limiter au certificat d’études, ou à s’investir dans des carrières « féminines » (infirmière, institutrice…)
1938 : Les femmes acquièrent la capacité juridique pleine et entière
Jusqu’en 1938, la femme mariée est une mineure placée sous la responsabilité de son mari, en vertu de l’article 215 de cette loi, relative à la puissance maritale. Avec l’abrogation de cet article, la femme mariée peut ester, contracter, poursuivre des études, passer un examen, demander un passeport, sans en avoir à référer à son époux. Le mari conserve son statut de chef de famille, qui peut interdire à sa femme l’exercice d’un métier, ou fixer le domicile conjugal unilatéralement. Cette avancée majeure sur le plan du droit n’aura cependant qu’un impact limité, circonscrit aux femmes appartenant à la bourgeoisie. Les avancées de cette loi ne se feront sentir qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Entrepreneuriat féminin
Journée Internationale des Femmes
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Edito: 1918 - 1960 Les discrètes
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