Après le XIXème siècle, qui avait tracé les limites du privé et du public, reléguant dans la sphère privée les femmes, ce nouveau siècle constitue une rupture
Il serait pourtant erroné de dire que les femmes ne travaillaient pas avant 1900. En 1866, on dénombre déjà 6,2 millions d’actives ce qui représente environ un tiers de la population active recensée en France, auxquelles s’ajoutent de nombreuses contributions absentes des statistiques : agricultrices, épouses d’artisans ou de commerçants… La Révolution industrielle, l’essor du machinisme, le développement du secteur tertiaire font croître la demande de main d’œuvre, et augmente de fait la visibilité des femmes dans le monde du travail. L’embauche massive des femmes est liée à leur rémunération inférieure à celle des hommes. Le travail des femmes, à cette période, est conçu dans le cadre de la famille, et le salaire est un salaire d’appoint.
En 1907, la loi autorise les femmes mariées à disposer de leur salaire. De nouvelles dispositions du droit du travail telles la création d’un congé maternité de huit semaines en 1909, et son indemnisation en 1913 répondent à la massification du travail des femmes. Pourtant, une ambiguïté demeure, dont témoignent certaines mesures, comme l’interdiction de travail de nuit pour les femmes.
Les critiques sont autant le fait des conservateurs catholiques, qui voient le travail des femmes comme une entrave aux « lois naturelles », admises depuis le XIXème siècle, que du mouvement ouvrier qui a érigé le foyer en rempart contre les atteintes de l’industrialisation. 7 millions d’actives sont néanmoins dénombrées en 1911.
La Première Guerre Mondiale va légitimer le travail des femmes. Le départ des hommes pour le front, l’enlisement du conflit, obligent les Etats à prendre des mesures. Les femmes remplacent les hommes, et obtiennent des droits similaires, avec, en 1915, l’octroi de l’autorité paternelle en l’absence du mari. Les « munitionnettes », ces ouvrières qui travaillent dans les usines d’armement, sont le symbole de ces femmes engagées pour « l’effort de guerre », qui investissent les bastions masculins que sont la sidérurgie ou l’armement. La crainte de la dénatalité pousse les pouvoirs publics à mettre en place des mesures permettant de concilier obligations familiales et professionnelles : c’est dans ce contexte que sont créées les premières crèches d’entreprises, comme la Pouponnière Citroën, ou la Maternité ouvrière de Levallois-Perret. C’est aussi l’occasion de redécouvrir les vertus supposées de la main d’œuvre féminine, jugée plus patiente, plus docile, capable d’inventivité, de prise de décision.
Ces circonstances exceptionnelles ne permettent cependant pas d’améliorer significativement les qualifications des femmes : formées sur le tas, effectuant des tâches répétitives et standardisées, la plupart d’entre elles restent des ouvrières peu qualifiées. Pourtant, cette période est aussi celle des premiers efforts en termes de formation des femmes, avec l'ouverture de 7 ESC de province aux filles ou celle de l’Ecole des Surintendantes d’usines, qui va former près de 200 cadres spécialisées dans la sécurité.
Le travail des femmes est pour beaucoup de femmes le seul espace de liberté, et pour certaines féministes, le moyen de conquérir les droits civiques qui leur sont refusés. La femme mariée est en effet une éternelle mineure, qui ne peut rien faire sans l’accord de son mari.
La fin de la Première Guerre mondiale donne un coup d’arrêt à cette expansion du travail féminin. Après l’horreur des combats dans les tranchées, les soldats qui reviennent aspirent à retrouver un ordre social inchangé. Pour autant, les femmes n’arrêtent pas de travailler, c’est le regard que porte la société sur leurs fonctions qui change, et leur légitimité qui est remise en cause. L’entre-deux-guerres ouvre une période d’hostilité au travail féminin.
Dans ce contexte, les femmes qui entreprennent sont soit des pionnières, mues par une forte conviction, soit des veuves dans l’obligation de poursuivre l’entreprise familiale.
Deux dates clés
1910 : Première Journée de la femme : C’est lors de la seconde Internationale Socialiste des Femmes, qui se tient à Copenhague, que Clara Zetkin, représentante d’un féminisme socialiste, propose l’idée d’une journée internationale des Femmes. Clara Zetkin faisait partie des courants féministes qui reliaient la lutte des classes à la domination masculine, voyant dans l’oppression des femmes une des conséquences du capitalisme. Sa proposition d’instaurer une journée internationale de la femme doit être comprise dans un contexte révolutionnaire plus large.
1915 : Les femmes disposent de l’autorité paternelle en l’absence de leur mari : en l’absence des hommes partis au front, les femmes jusque-là considérées comme des mineures, acquièrent les droits attachés à leurs maris. Cette mesure vise à permettre à l’économie de continuer à tourner, les femmes remplaçant leurs époux dans certaines de leurs fonctions. Nombre d’entre-elles travaillent avec leurs conjoints (dans les emplois artisanaux, commerciaux ou agricoles), et co-dirigeaient de fait des entreprises avant la guerre.




